Le problème de l’endettement de la Grèce est en mettre en relief avec trois informations que peu de commentateurs ont évoquées. Trois journalistes l’ont cependant fait, de façon totalement séparée, mais le rapprochement entre leurs articles éclaire la situation. M. Jean Louis Denier, journaliste, écrivain s’interroge, dans un article paru sur Internet le 8/6/2011, sur la structure de la dette de la Grèce. A lire ou à écouter les hommes politiques européens, en particulier allemands et français mais aussi américains, l’entière responsabilité de l’endettement grec n’incombe qu’aux seuls grecs. Ceci est en partie vrai, mais le phénomène avait commencé bien avant l’arrivée au pouvoir, voici deux ans, du gouvernement socialiste de M. Papandréou qui a succédé à un gouvernement de droite. La dette grecque est due en bonne partie au poids des dépenses militaires, dont le coût est pharamineux, inutile et disproportionné. Entre 2000 et 2010, la Grèce s’est vue proposer des prêts massifs, très tentateurs, auprès des banques européennes, en particulier françaises et allemandes, mais dont la condition d’octroi était largement liée à l’achat d’armes au pays prêteur. La Grèce (un peu plus de 10 millions d’habitants) est ainsi le 4ème pays importateur d’armes au monde. En Grèce, le budget « défense » rapporté au PIB représente 4,3% de celui-ci, alors qu’il ne représente que 2,2% en France (soit déjà plus que d’autres pays européens). Comme le signale un rapport de l’OTAN, entre 2005 et fin 2009, soit en pleine crise des « subprimes », la Grèce a vu ses dépenses d’armement progresser d’un tiers, passant de 5,4 à 7,3 milliards de dollars. A en croire Daniel Cohn-Bendit, député européen, en février 2010, N. Sarkozy et F. Fillon ont fait pression sur G. Papandréou en lui disant : « Nous allons lever des sommes pour vous aider, mais vous devez continuer à payer les contrats d’armements qu’on a avec vous, signés par le gouvernement Caramanlis »- auquel il venait de succéder.
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Les contrats d’armements ne portent pas sur de petites sommes : parmi les achats emblématiques, on relève des avions de combat US pour plus de 2 milliards de dollars, des Mirages 2000 made in France pour plus de 1,6 milliard d’euros, 6 sous-marins made in Germany pour 5 milliards d’euros, sans compter les contrats portant sur les missiles, blindés, hélicoptères, navires de surface, etc Ces contrats d’armements ont fait l’objet, comme tant d’autres, de cas de corruption très lourds: M. Denier rappelle celui de la filiale grecque de l’entreprise allemande Siemens, laquelle filiale était dirigée par un allemand. Ce cas fit les titres tant dans la presse grecque que dans la presse allemande. De son côté, les USA, ont, cyniquement, fait pression sur la Grèce afin de lui vendre des armements divers en lui rappelant que la Turquie, l’ennemi héréditaire, s’armait avec les meilleurs avions de combat (made in USA)….Rappelons que les deux pays sont membres de l’OTAN !!! 2 ) Un autre article, paru dans le journal «Le Monde » du 1er Novembre de cette année est à rapprocher du précédent et qui met en relief le rôle joué par le nouveau Président de la banque centrale Européenne, M. Mario Draghi. Le parcours de M. Draghi comporte une zone d’ombre de près de 4 années (2002 à 2005 comprises) alors qu’il était associé de la banque «Goldman Sachs » (de sinistre renom !); il était « vice président pour l’Europe-Goldman Sachs International, entreprises et dette souveraine ». Quelques mois après son arrivée, il co-signe un article avec M. Merton, prix Nobel d’économie, justifiant le recours à des pratiques de dissimulation des créances « pour stabiliser les revenus de l’impôt et éviter la soudaine accumulation de dette». M. Draghi connaît, en effet, cette pratique pour l’avoir appliquée (certes avec d’autres), au cas de la Grèce. En effet, en 1999, quand la création de l’euro est décidée, la Grèce ne peut adhérer à l’euro car elle ne remplit pas les critères d’adhésion de Maastricht. Pour cependant rejoindre le dispositif, elle doit maquiller ses déficits (liés en partie à sa dette).La filiale britannique de Goldman Sachs vend à la Grèce un mécanisme (le « swap) qui permet, momentanément, de faire disparaître en comptabilité une large partie de la dette. En prenant ses fonctions à la Banque Goldman Sachs, M. Draghi ne peut ignorer, contrairement à ce qu’il dit, que ce mécanisme a été appliqué à la Grèce, d’autant plus, comme vient de le révéler un article du «New York Times», qu’il était chargé de vendre ce mécanisme de dissimulation dans toute l’Europe !! M. Draghi a, de plus, profité de la désorganisation totale de l’Institut européen de statistiques (Eurostat), arbitre du respect des critères du traité de Maastricht, pris dans un scandale financier et donc totalement paralysé. M. Draghi, avant cet épisode, avait déjà été en contact professionnel avec Goldman Sachs, au début des années 1990, au moment des privatisations en Italie dont il s’était occupé en tant que Directeur du Trésor. La banque américaine cherchait à se faire une place en Europe et avait obtenu une part importante dans le mécanisme de privatisation italien : elle avait obtenu le mandat pour la cession, en 1993, d’ENI, le géant italien des hydrocarbures. Quelques années après il était chez Goldman Sachs. M. Draghi, nouveau président de la BCE, bénéficie-t-il, en quelque sorte, d’une « immunité » au sujet de la situation actuelle de la Grèce ? Peut-il être auditionné par le Parlement européen ? Cela serait intéressant ! 3 ) Enfin, un troisième article, paru dans la presse allemande, intitulé « Le côté sombre de Papademos », le nouveau premier ministre grec, complète le tableau. Il a commencé sa vie active par la physique-génie électrique, discipline où il a obtenu un doctorat à la fin des ses études aux USA (au MIT).Il entreprend aussi des études d’économie et devient conseiller économique dans une banque américaine à Boston. Il rentre dans on pays en 1984 pour devenir économiste en chef de la Banque de Grèce, avant d’en être nommé Gouverneur, poste qu’il occupa de 1994 à 2002. Ce premier ministre, ancien Gouverneur de la Banque de Grèce, a participé au maquillage de la véritable situation financière de la Grèce quand elle a voulu adhérer à l’euro (ce qui a été fait en 2001) en minimisant notamment son véritable niveau d’endettement. Il devient, le 31 mai 2002, vice-président de la Banque centrale européenne jusqu’en 2010, période où il professait la bonne gestion des économies nationales européennes…. Conclusion de ce rapprochement des trois articles : ce qui était vertueux quand on encourageait et faisait pression sur la Grèce pour qu’elle s’endette (notamment pour se surarmer) devient un objet de scandale dès lors que le pays ne peut tout rembourser. |